A bâtons rompus avec Paye Camara
‘’Je déteste les Tamani’’
Les ‘’tamani’’ me dérangent, parce que les plus méritants ne sont pas récompensés. Vous verrez des artistes récompensés sans le mérite, tandis qu’il y’a des artistes comme moi qui ne sont même nominés. Les organisateurs m’ont invitée à faire une prestation sans que je ne sois nominée. Une proposition que j’ai naturellement refusée de façon catégorique.
Bercée très tôt par les chants mélodieux de ses parents et grands-parents, Paye a eu la musique pour héritage. Celle qui se dit volontiers disciple de la grande cantatrice Hawa Dramé, nièce de la célèbre Kandia Dabo à qui la méga star Salif Kéita rend hommage, Paye la petite sœur de Dasso Camara est une voix sûre de la musique malienne, africaine.
Après une tournées qui l’a conduite aux Usa, en Italie et en France, l’épouse du grand maître de la parole est de retour au bercail depuis quelque temps. Avec toujours la même voix suave et sublime, l’artiste a bien voulu nous accorder un entretien exclusif à cœur ouvert au studio ‘’Yeleen’’.
Qui est Paye Camara ?
Je suis originaire de Ségou, mon village paternel est Niamina et celui de ma mère est Dougounikoro, une localité essentiellement constituée de Founè. Née et grandie à Ségou ville, je suis installée à Bamako. Mariée à Bahini Camara, je suis la mère de trois enfants dont deux garçons et une fille. Mais, mon premier fils est décédé à la suite d’une noyade.
Quel est votre genre musical ?
Sans pour autant abandonner la sonorité bamanan, avec pour base le «Tié foli», je puise dans d’autres sources locales telle que la sonorité mandingue.
Est-ce que votre mari vous appuie?
Oui. D’ailleurs, c’est lui qui a négocié mon premier contrat.
Paye a combien d’albums ?
J’ai à mon actif six albums.
A quand le prochain ?
Je suis en plein préparatif. J’attends tout juste le temps que mes fans finissent de déguster le dernier album intitulé ‘’Don Foli’’. La production du nouvel album sera faite au Mali.
Quels sont les thèmes que vous traitez ?
Ma musique, c’est pour galvaniser les cultivateurs, les motiver à s’intéresser à la terre, à l’aimer. En fait, la terre ne ment pas. Je chante aussi les louanges des bamanan pour que la jeune génération bamanan ne perde pas les repères, pour qu’elle puisse se ressourcer des valeurs cardinales tels que la loyauté, l’honneur et la dignité. Au-delà des bamanan, j’évoque d’autres sonorités.
Parlez-nous un peu de vos tournées à l’étranger ?
J’ai fait deux concerts en Italie. Ce contrat a été négocié par mon choriste qui y réside avec son mari. Quant à
Vos relations avec les artistes maliens ?
Rien que de bonnes relations.
Si vous nous parliez un peu de vos animations à l’hôtel Wassoulou ?
La propriétaire, Oumou Sangaré, est mon amie en même temps que mon «Jatigui».J’anime tous les samedi ensemble, elle et moi, recréons les gens. En fait, nous avons les mêmes ambitions.
Vos rapports avec Oumou Sangaré ?
Le reste de la nuit ne suffit pas, voire le lever du soleil, pour que je puisse parler de mes relations avec cette dame qui représente tout pour moi, malgré que nous ne soyions pas de la même localité. Elle m’a aimée et soutenue dans les circonstances les plus difficiles. Lorsque j’étais admise aux urgences pendant 20 jours dans le coma à la suite d’une grossesse de 8 mois, elle a assuré ma prise en charge à 100%. Et, pourtant des frères, sœurs et « Jatigui », j’en ai beaucoup. Au-delà de cette prise en charge, elle s’occupait de mes enfants et de ma mère. Un jour, mon médecin lui dit de ne rien dire à ma mère car, ajoute-t-il, ‘’ma patiente va mourir d’ici le crépuscule’’. Généreuse et forte de caractère, Oumou n’a perdu ni le courage ni l’espoir et elle a gardé le secret. Après avoir suspendu les animations à l’hôtel, avec mon amie Kamba Samaké, ensemble elles restèrent à mon chevet.
Pendant mon hospitalisation, elle donnait des sacs de mil et de riz à ma mère, se promenait avec mes enfants en leur disant que je suis en voyage. Bref, elle m’a soutenue dans les moments difficiles. Sans oublier l’octroi d’un appartement d’une valeur de 10 millions de franc CFA.
Qui fait vos compositions, arrangements et productions ?
C’est Cheick Diabaté qui s’occupe de tout ça. Je ne fais que chanter.
Que pensez-vous de la musique malienne ?
Autrefois, nous étions un peu en retard. Mais, maintenant, nous engrangeons des progrès. Petit à petit, le marigot se remplit d’eau. Cependant, en voulant moderniser notre musique, il ne faut pas que nous abandonnions nos origines. Notre richesse culturelle est grande et diversifiée. Pour preuve, les blancs viennent chez nous découvrir nos sources.
Quid de la piraterie ?
C’est un phénomène qui nous dépasse. Un adage bamanan dit « ceux qui veulent le combattre ne le savent pas. Ceux-là qui savent et qui peuvent le combattre n’agissent pas ». De telle sorte qu’on s’accuse mutuellement, artistes et producteurs. Nous, artistes, ne pouvons que prier le bon Dieu pour qu’il nous aide. Certes, les autorités ont beaucoup fait dans ce combat. Mais nous voudrions qu’elles fassent mieux encore.
Il y a quelques années, vous formiez un groupe avec Nanou Coul, Maïmouna Dembélé, Djenéba Seck et Fanta Souroukou. Et, si vous nous en parliez un peu ?
Son objectif est de promouvoir notre culture, raison pour laquelle nous avons créé ce groupe lors d’un anniversaire du 22 septembre. Le groupe va bien et nous continuons à nous fréquenter de temps en temps. Nanou Coul est installée en France, souvent moi, je vais aux Usa. Malgré le dispersement, la communion existe entre nous.
Beaucoup de personnes disent que vous êtes une épouse modèle. Vous êtes toujours fidèle à Bahini, votre chérubin.
Un comportement qui se fait de plus en plus rare de nos jours dans le monde des artistes, avec les nombreux divorces. Alors, qu’en pensez vous ?
Je demande à toutes les femmes artistes de faire tout pour éviter la mauvaise réputation, de ne jamais accepter que leur nom soit terni. Un adage bamanan dit «Malgré l’immensité de l’eau du fleuve, elle a peur de la mauvaise réputation.» Quand on sait d’où l’on vient, l’on saura où partir. Autrement dit, que chacune d’entre nous se réfère à ses origines. Certes, on ne peut sauver ce qui ne peut l’être. Tout dépend de la volonté divine, c’est pourquoi je demande au bon Dieu de guider nos pas.
Quand vous entonnez avec votre voix suave et sublime, personne ne reste indifférent.
Quel est le secret de Paye ?
Dans notre lignée à Ségou, quand le nouveau-né vient au monde, les parents injectent des salives avec des incantations dans sa gorge. De telle sorte que lorsqu’il parle, il a mille chances de convaincre.
Qu’est-ce qui dérange Paye?
Le népotisme me dérange. Les bamanan disent, ‘’Les pattes de derrière d’un bœuf ne doivent pas nager avant celles de devant’’. Alors, que les plus méritants soient récompensés. Je fais allusion aux producteurs. Et, ce n’est pas tout, car il y a aussi les ‘’Tamani’’ que je n’apprécie pas bien. C’est une organisation qui me dégoûte.
En quoi les Tamani vous déplaisent-ils ?
Les ‘’tamani’’ me dérangent parce que les plus méritants ne sont pas récompensés. Vous verrez des artistes récompensés sans aucun mérite, tandis qu’il y a des artistes comme moi qui ne sont même pas nominés. Les organisateurs m’ont invitée à faire une prestation sans que je ne sois nominée. Une proposition que j’ai naturellement refusée de façon catégorique.
Quel est le souci majeur de Paye ?
La mésentente qui existe entre mon mari et moi ces derniers temps. Il n’arrive plus à me comprendre. Je demande à tous les Maliens de faire des bénédictions afin que nous puissions nous entendre. Car je veux tout sauf le divorce, même s’il me le propose. Je ne veux pas que les gens disent ‘’ Voilà les enfants de Paye, tels sont ceux de Bahini et tels autres que j’aurai sont d’un autre père. Je signale qu’il est mon premier mari.
Selon vous, à quoi cela est dû ?
Il y a plusieurs raisons. Quand je lui demande de m’accompagner ou de me permettre de sortir pour les manifestations, il refuse actuellement. Or, c’est maintenant que mon art évolue.
Etes-vous sa seule épouse ?
Non, il en a trois. Je suis la deuxième.
Alors, c’est à cause de la troisième ?
Rires. En fait, c’est à cause de mon art.
Nous allons dire à Bahini de revoir sa position. Qu’en dites-vous ?
Avec plaisir (sourires). En effet, il est l’homme de ma vie. A qui, je voue tout mon amour, toute ma sincérité, toute mon estime, toute mon intimité etc., des choses que je n’aimerais pas partager avec un autre homme. Il m’a mariée à l’âge de 17 ans.
Votre mot de la fin ?
Je demande au bon Dieu de continuer à faire du Mali un havre de paix. Car rien ne vaut la paix et l’entente. Je Le prie également pour les autres pays. Que mes ‘’jatigui’’ aient beaucoup d’argent.
Dernière minute à propos du dégoût de Paye pour les Tamani
Joint au téléphone par nos soins à la dernière minute, Paye Camara revient sur sa décision qui consistait à boycotter les Tamani. ‘’C’est Oumou Sangaré qui m’a demandé de revenir sur ma décision. Je participerai désormais aux Tamani a-t-elle affirmé. A-t-elle été contrainte par Oumou Sangaré qu’elle considère comme son ‘’diatigui’’ ? Rien n’est moins sûr. En tous les cas, en revenant sur sa décision, Paye Camara aura créée doute dans l’esprit de nombre de ses fans.
Entretien réalisé par Lanfia Sinaba