‘’Il va pleuvoir sur Conakry’’ de Cheick Fantamady Camara

Publié le par MOEURS

Le poids de l’héritage

 

Bengali, un jeune caricaturiste dans un organe de presse – l’Horizon – a été coopté par son père l’Iman de Conakry, pour porter l’héritage d’une tradition transmise de génération en génération.

 

Bibi, ainsi qu’on l’appelle affectueusement, acceptera-t-il cette lourde responsabilité de garantir et transmettre les convictions ancestrales qui vont à l’encontre de ses propres convictions ? Comment concilier le désir du père et le désir d’affirmation de soi ? C’est là l’équation autour de laquelle se construit la trame de ce film du Guinéen Cheick Fantamady Camara.

Endosser un héritage fait de tradition et de modernité, sans écraser l’expression de soi, est sans conteste un lourd fardeau que le réalisateur du film laisse entrevoir dans le regard qu’il porte sur les êtres et les choses et dans le discours dont ils sont porteurs.

Avant de pleuvoir sur Conakry, il pèse sur Conakry le poids d’une tradition en porte-à- faux avec les aspirations des jeunes et des femmes. Ce poids se fait d’autant plus sentir que la démonstration de la ville, régulièrement filmée de haut, laisse apparaître l’impression de taudis croulant sous le poids du ciel. On pourrait tout aussi dire, en paraphrasant le titre du film, que la pluie va s’abattre sur Conakry. Est-ce donc ce sentiment de porter un fardeau qui surchauffe l’atmosphère ? Il y a lieu de la penser.

Prendre de l’air

 

Dans la rue, les jeunes scandent qu’ils ont chaud. Ils réclament l’ouverture de la piscine fermée par la municipalité et désirent constamment se laver. Heureusement, s’exclame Kesso - l’amie de Bibi - les autorités politiques ne pourront pas fermer la mer. Ce désir des jeunes de prendre de l’air est à maintes fois suggéré par le fait qu’ils sont portés par la camera, visualisés sur des élévations et présentés au bord de la plage comme pour rendre compte de leur volonté de se libérer du poids sous lequel ils transpirent. Cette liberté à laquelle ils aspirent transparaît également, dès l’entame du film, dans l’exhibition érotique de leurs corps, laquelle répond à la nudité de leurs propos.

L’Imam Karamogo n’est pas, lui aussi, sans hésiter sous le poids de la tradition. Le réalisateur nous le montre accroupi sous la pluie qui s’abat sur lui à flot, suggérant ainsi son impuissance à porter son héritage.

Se soustraire du poids de la culture et de la religion ne signifie pas pour autant chez les jeunes la négation de leur identité. Bibi qui incarne la nouvelle génération arbore fièrement un tee-shirt frappé de l’effigie de son pays : la Guinée.

Ancrage dans la tradition

 

Qu’il s’agisse de leur accoutrement ou du décor des espaces où cette jeunesse évolue, la présence symbolique de la tradition africaine est constante. Le recours à l’imaginaire africaine est constant. Le recours à l’imaginaire africaine, au rêve et à la conjuration du malheur est autant d’ancrages culturels qui rendent compte de la complexité des sujets en présence dans ce film.

La référence des jeunes à la culture n’est donc pas un retour aux sources au détriment de leur actualité. Sans nier le passé, ils ne veulent pas donner dos au présent à l‘exemple de cette image des parents de Kesso au lit, à la suite de leur altercation-image à la fois marquante et ridicule montrée à dessein.

Ce désir de liberté des jeunes et des femmes vis-à-vis des aspects dégradants de la tradition transparaît ainsi que leur volonté d’être solidaires en vue de faire barrière à tout ce qui porte atteinte à leur dignité.

Le discours des femmes est révélateur à ce sujet. Elles refusent d’être écrasées par les hommes et le réalisateur ne manque pas de talent, quand il opte pour la présentation circulaire de l’espace, de sorte à situer hommes et femmes sur une même ligne. Comme dans ‘’Les Bouts de bois de Dieu’’ de Sembène Ousmane, les femmes sont ici aussi à l’avant-garde des combats pour la liberté et la mutation sociale. Elles prennent part aux débats qui les concernent et n’hésitent pas à donner leur point de vue.

L’aspiration à la liberté d’expression et au besoin d’affirmation de soi des jeunes et des femmes ne va pas seulement à l’encontre de la tradition et de la religion.

Elle s’oppose à toute forme d’oppression à l’instar de Bibi qui n’hésite pas à casser sa plume quand sa liberté est confisquée ou à publier sa caricature contre le gré de son directeur de publication, qui craint la répression des autorités politiques et religieuses. Sa lutte est-elle celle du journaliste burkinabé Norbert Zongo assassiné et dont le réalisateur nous fait voir l’effigie dans le studio ?

Il reste indéniable que l’engagement de Bibi est sans concession. Il débusque les subterfuges des autorités politiques qui exploitent l

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