Me Bréhima Koné, Président de l’Uidh‘’Notre combat n’est pas dirigé contre un Etat ou contre une autorit钒

Publié le par MOEURS

Depuis le 17 mars dernier, Me Bréhima Koné, président de l’Association malienne des droits de l’homme, a remplacé à la tête de l’Union Interafricaine des droits de l’homme, le Burkinabé, Me Halidou Ouédraogo. Dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder à son retour de Ouaga, Me Koné évoque les raisons profondes de la candidature malienne, les enjeux de son mandat, la situation des droits de l’homme sur le continent…

 

Vous venez d’être élu à la tête de l’Uidh, comment vous êtes-vous retrouvé à ce niveau de responsabilité ?

 

Il s’agit d’un long parcours. L’Union interafricaine des droits de l’homme, elle-même, a germé à Bamako sous les auspices de Me Demba Diallo (Paix à son âme !) avec Mame Basir Niang du Sénégal, Me Halidou Ouédraogo du Burkina-Faso, Denis Ségui de la Côte d’Ivoire. La première réunion s’est tenue à Bamako.

Ensuite, les travaux se sont poursuivis à Dakar pour prendre fin à Ouagadougou avec la création de l’Union interafricaine des droits de l’homme en septembre 1992. Depuis lors, la présidence était assurée par Me Halidou Ouédraogo. Le siège de l’Union se trouve également à Ouagadougou. Comme vous le savez, nous avons un mandat de 3 ans, renouvelable une seule fois. Depuis 7 ans, Halidou aurait dû partir. Malheureusement, il s’est maintenu. Nous avons estimé qu’il était temps d’aller vers l’alternance.

C’est pourquoi les militants des droits de l’homme du continent se sont retrouvés à Ouagadougou. Je voudrais d’abord préciser que l’Union interafricaine des droits de l’homme comprend 42 sections reparties entre 52 Etats africains et des îles de l’Océan indien. Nous nous sommes retrouvés et le Mali a posé sa candidature.

Quelles sont les raisons de votre candidature ?

Nous voudrions apporter notre contribution à la promotion et à la  protection des droits de l’homme en Afrique face aux conflits qui engendrent l’impunité. Face également à la pauvreté qui est assez grandissante. Au-delà, il y a certaines violations des droits de l’homme, notamment au niveau des procédures judiciaires, des commissariats de police, des prisons.

 Nous pensons que l’heure est arrivée où force doit rester à la loi. A la dictature et autres tortures très souvent infligées aux citoyens, nous voulons opposer le droit. C’est pour cette raison que le Mali a été suivi dans sa démarche.

Etant donné qu’il s’agit d’une organisation continentale, non seulement il doit avoir l’alternance mais également l’implication effective de chacun des Etats quelle que soit la zone. L’Union est répartie en 9 zones. Nous voulons que chacun des pays se retrouve au sein de l’organisation ensemble pour mener le combat.

Vous résidez à Bamako, où sont concentrées vos activités pour la plupart or, le siège de l’organisation que vous présidez désormais, se trouve à Ouagadougou. Comment vous comptez vous y prendre ?

Ceci ne pose pas de problème majeur. Il s’agit de chercher les moyens. L’Union a des bailleurs. Actuellement, c’est Novib qui finance jusqu’à hauteur de 524 millions. Il y a Oxfam et d’autres structures qui vont  aussi financer. Avec le développement de la technologie, plusieurs de nos communications se font par Internet. Je dois être à Ouagadougou une fois par mois, ne serait-ce que pour la signature des documents qui engage l’Union, la signature des chèques par rapport au personnel et toutes les charges. Dans tous les cas, on m’a fait confiance. Je suis membre d’un bureau de coordination. Donc je prends toujours l’avis des membres du bureau qui sont au nombre de 22 répartis  entre les différents Etats.

Votre élection n’a pas été facile face à un candidat burkinabé qui est supposé être le dauphin du président sortant.

Je peux dire que l’atmosphère était un peu surchauffée, mais le record était sans faille : 23 pays ont voté, dont 17 pour la candidature malienne, 6 pour le Burkina. Mais le contexte n’était pas facile, parce que le pays organisateur  était en compétition contre nous et contre toute attente car, au départ, le Burkina n’était pas candidat.

D’autres pays comme le Sénégal, le Tchad étaient pressentis. Au finish, le Sénégal s’est retiré  et le Tchad a rallié le Mali. Donc, le Burkina s’est retrouvé avec 5 voix.

Est-ce que vous avez bénéficié du soutien des autorités maliennes ?

Nous avons bénéficié du soutien des autorités maliennes parce que, il y a un élément assez important : l’Accord de siège. Lorsqu’une institution s’établit dans un Etat, c’est que cet Etat lui a attribué l’Accord de siége. Le Burkina Faso avait donné l’Accord de siège à l’Uidh. Mais il y a des problèmes entre le Président Halidou et le Président du Burkina. L’Etat du Faso avait alors retiré l’Accord de siège. Nous sommes passés par les autorités maliennes pour demander de bien vouloir prendre attache avec leurs homologues burkinabé en vue de son rétablissement.

Hier, j’ai rencontré le ministre de l’Administration territoriale du Faso, on en a parlé. Je dois retourner pour rencontrer le président Compaoré qui ne posera pas de problème, parce qu’il est déjà avisé.

Avec l’élection de notre compatriote Touré à la tête de l’Uit, on a vu les autorités maliennes se déplacer pour apporter leur soutien. Peut-on savoir si vous avez bénéficié de ce genre de soutien?

Nous sommes une organisation apolitique. Nous n’avons pas demandé aux autorités maliennes de se déplacer au Burkina pour nous soutenir. Je suis revenu à Bamako avec des plis adressés aux autorités maliennes notamment, au  Chef de l’Etat, au Premier ministre, au Président de l’Assemblée nationale, au ministre des Affaires étrangères et celui de la Justice pour les informer du changement intervenu. Les initiatives à prendre dépendent d’elles.

C’est quand même curieux de ne pas entendre à la radio ni à la télé que l’un de nos compatriotes vient d’être porté à la tête d’une organisation internationale aussi importante qu’est l’Uidh.

Pour  le moment, il n’est pas tard. Nous avons le devoir d’informer l’opinion. Nous  allons organiser une  conférence de presse pour rendre compte au peuple malien de ce qui s’est passé.

Quels sont les enjeux de votre présidence ?

C’est assez déterminant. L’Association malienne des droits de l’homme a bénéficie de l’estime d’organisations comme la Fédération internationale des droits de l’homme, qui est l’une de nos structures d’affiliation. Nous en sommes membres et, d’ailleurs, nous menons beaucoup d’activités, de missions pour le compte de la Fidh.

Les enjeux sont grands parce que les défis à relever sont assez importants. D’abord, nous bénéficions d’une bonne image. Au-delà de toutes les divergences politiques, le Mali passe pour être un Etat stable, un Etat de démocratie. On estime que nous avons la liberté de parole. Personnellement,  cela n’engage que moi.  Mes  camarades estiment que j’ai le courage de défendre mes opinions et que je vais en droite ligne des actions qui sont dignes d’un militant de droits de l’homme. Nous avons le devoir de réagir face à des violations des droits de l’homme d’où qu’elles viennent. Qu’il s’agisse de l’Etat ou du citoyen, nous devons les dénoncer.

On se contente de demander mais nous formulons aussi des suggestions et des propositions. Même au-delà, nous pouvions engager des actions,  accompagner  des victimes. C’est notre raison d’être. Et je pense que nous ferions de sorte que les choses puissent aller dans ce sens. Je me propose de prendre contact avec les institutions. Nous avons le statut d’absent auprès des Nations unies. Nous avons également le statut d’observateur auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Nous allons prendre langue avec le Président de la Commission de l’U A, le Secrétaire général de la Cedeao, de l’Uemoa et d’autres structures au niveau du  ‘’Common Law’’ pour renforcer le partenariat afin que l’Uidh soit présente à travers le continent. Nous comptons aussi prendre attache avec des médias au niveau de l’Europe pour faire passer certains de nos idéaux.

Vous  avez déclaré dans un journal burkinabé  que la situation des droits de l’homme est en péril en Afrique 

Comme je l’ai dit, la situation des droits de l’homme en Afrique n’est pas réjouissante. Rien qu’à regarder autour de nous. Voyez ce qui s’est passé en Guinée - les images sont atroces - Il y a beaucoup de morts, parce que simplement le peuple revendiquait certains droits légitimes. Prenez l’exemple de la Somalie, la situation dans le Darfour...avec leurs cortèges de morts, ce sont des cas qui méritent d’être revus pour qu’on puisse lutter contre l’impunité.

Nous devons nous impliquer dans la résolution des conflits, mais également dans la lutte contre  la pauvreté qui est considérée comme atteinte aux droits de l’homme. Il y a certains droits, notamment le droit à l’éducation, à la santé, à l’alimentation, au logement qui méritent d’être sauvegardés. Vous constatez qu’en Afrique, nombreux sont les malades. Les gens ne mangent pas toujours à leur faim. Le  taux d’alphabétisation est élevé. Ils ne vivent pas sous un toit digne de ce nom. Ce sont des éléments de combat que nous allons ajouter aux droits civiques et politiques. Nous avons également sur le terrain des droits socio-économiques et culturels à promouvoir.

 Qu’est-ce que vous comptez faire au-delà des dénonciations?

Vous avez dû le constater de par le cas du Mali. Récemment l’Amdh a accompagné une victime, une dame qui a été battue par un policier. Nous avons exigé que le policier soit jugé. Il a été jugé. Non seulement, on l’a défendue, l’association s’est en outre constituée partie civile. Cela a une certaine envergure. C’est un signal fort.

C’est vrai que le tribunal a débouté l’Amdh de sa constitution de partie civile. Mais nous ne nous sommes pas arrêtés là. Nous avons porté l’affaire devant la Cour d’appel. Et nous sommes prêts à poursuivre notre action devant la Cour suprême. Et, au-delà, nous pouvons poursuivre au niveau de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Cela est très important parce que c’est l’Etat malien qui va être appelé devant la Cour.

Qu’est-ce que vous envisagez pour redynamiser l’Uidh ?

Nous allons revoir les partenaires, parce qu’il faut les moyens. Après, nous allons voir toutes les instances suprêmes, notamment les pays    il y a des problèmes, échanger avec eux et établir des partenariats dynamiques avec les Etats, les organisations comme l’U.a, la Cedeao, l’Uemoa. 

Votre dernier mot ?

Nous sollicitons le concours des autorités maliennes et d’autres pour nous faciliter la tâche. Notre combat n’est pas dirigé contre un Etat ou une autorité. Je pense que l’Etat aussi bien que les Ong, chacun dans son domaine concourt à la promotion et à la protection des droits de l’homme. Nous oeuvrons tous pour le bien être des citoyens même si les rôles sont différents. Je pense que dans la complémentarité, nous pouvons rendre un immense service à l’Afrique.   

Entretien réalisé par Chiaka Doumbia et Alhassane H. Maïga

 

 

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