Mme Cissé Nana Sanou, ancienne députée « Quon ne demande plus aux femmes de payer leur inscription sur les listes !»
Députée de 1992 à 1997, présidente du Groupe pivot/droit et citoyenneté des femmes, qu’elle représenta au sein du Réseau des femmes africaines ministres et parlementaires, Mme Cissé Nana Sanou a plusieurs cordes à son arc. C’est dans son bureau situé à Dravéla Bolibana qu’elle a accepté de nous recevoir sans autre formalité.
Quelles sont, à votre avis, les pesanteurs sur l’acceptation des femmes aux postes politiques ?
Je vous remercie. Effectivement, il existe des pesanteurs sur les femmes qui constituent des freins à leur participation aux postes politiques. Dans notre pays, la politique a longtemps été considérée comme la chose des hommes. De l’indépendance à nos jours, très peu de femmes se sont intéressées à la politique. C’est à partir de 1991 que certaines femmes ont commencé à s’y intéresser.
Nous avons comme obstacles le fait de dire que la femme est seulement bonne au foyer, à faire des enfants…alors que le domaine politique suppose beaucoup de réunions, beaucoup de rencontres. Ce qui fait qu’une femme qui fait de la politique peut être mal vue par ses beaux-parents et certaines consoeurs qui sont réfractaires à ses sorties. Tout cela concourt à ce que les femmes ne puissent émerger dans le domaine politique. Alors elles se réservent.
Quelles stratégies comptez-vous élaborer pour arrêter ces pesanteurs ?
Nous, nous disons que ce n’est pas par des miracles. C’est par des changements de comportement qui doivent conduire la femme à mener des activités politiques comme les hommes. Nous menons des activités d’information et de sensibilisation, non seulement à l’endroit des femmes mais aussi à l’endroit des hommes, que ça soit des leaders politiques, d’associations, des religieux.
Nous avons des rencontres avec ces hommes pour leur dire que les femmes ont les mêmes droits que les hommes à travers les textes de loi et les conventions que le Mali a ratifiés. Ce n’est que par un changement de comportement qu’on pourra faire accepter les femmes dans la politique. Nous avons voulu, par voie institutionnelle, avoir un système de quota dans la loi électorale qui n’a pas marché. Toutefois, par la voie de la charte des partis politiques, nous avons obtenu 10% du financement public proportionnellement au nombre des femmes députées et conseillères municipales. Ce qui veut dire que par voie institutionnelle, nous continuons le combat.
Nous avons appris la candidature d’une femme, Me Sidibé Aminata Diallo, qu’en pensez-vous?
Nous disons que c’est une bonne chose. En 2002, une femme avait manifesté son intention, malheureusement, nous avions appris qu’elle s’était retirée de la course. Cette fois, nous espérons que Me Sidibé ira loin en obtenant les signatures requises et en payant la caution. Nous l’encourageons dans ce sens.
Avez-vous l’intention de vous présenter, un jour à l’élection présidentielle ?
Aujourd’hui, je ne l’envisage pas. En tant que présidente du groupe pivot, nous faisons beaucoup de choses pour convaincre les femmes dans les partis politiques afin qu’elles puissent émerger. Depuis 1987, nous travaillons beaucoup pour que les femmes puissent être élues.
Vous ne vous sentez pas de taille?
Je n’ai pas de freins. Je me sens capable. J’ai été députée de 92 à 97. Je me suis représentée en 97 et 2002. Le travail que je suis en train de faire aujourd’hui m’enchante plus. C’est une hypothèse que je n’exclue pas mais je ne le pense pas.
Avez-vous des remarques ?
Nous sommes en année électorale. Nous souhaitons que les élections se fassent dans des conditions paisibles. Que l’intérêt du pays prime sur l’intérêt personnel. Je lance un appel aux femmes pour qu’elles sortent massivement accomplir leur devoir citoyen et voter parce que nous avons un problème de taux de participation.
Je lance aussi un appel aux partis politiques concernant les élections législatives.
Il faut qu’ils inscrivent les femmes sur les listes et que nous n’ayions pas les mêmes problèmes qu’en 2004 quand on demandait aux femmes de payer pour les campagnes électorales. C’est une façon d’exclure les femmes parce que nous savons qu’elles sont très pauvres au Mali.
C’est à travers leur degré de militantisme et leur engagement au sein des partis politiques que nous demandons qu’elles soient inscrites et non à travers leur payement d’une somme d’argent.
Propos recueillis par Baba Dembélé-