Lettre pétition adressée aux candidats à l’élection présidentielle au Mali

Publié le par MOEURS

« Il est temps de prendre des engagements fermes en faveur de l’enseignement supérieur »

 

LE « COLLECTIF DES UNIVERSITAIRES MALIENS DE L’INTERIEUR ET DE LA DIASPORA» LANCE UNE PETITION EN FAVEUR DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

 

Madame / Monsieur

 La prochaine élection présidentielle présente un enjeu majeur : créer les conditions favorables à l’avènement d’une société productive et autosuffisante en participant à l’économie du savoir et de l’invention au Mali.  

 Il n’y a aucun doute que le taux de participation dans l’éducation scientifique et de l’innovation est un indicateur principal du potentiel d’un pays pour produire une société instruite, ce qui est un préalable au développement technologique et économique de tout pays.  L’essor économique se produit généralement grâce aux efforts des équipes de scientifiques, ingénieurs, écrivains, et personnel de soutien technique à promouvoir l’enseignement supérieur. 

 Si nous avons un enseignement supérieur de très faible niveau nous aurons des enseignants du secondaire et des cadres de la fonction publique très mal formés et les écoles secondaires manqueront de professeurs convenablement qualifiés qui seront enthousiastes et capables de stimuler la pensée critique et scientifique.

Avec un niveau de base faible du talent local pour comprendre, apprécier et utiliser la technologie, la capacité d’un pays d’innover, d’adapter la technologie aux conditions locales et son usage pour le bien-être de sa population serait tout simplement impossible. 

Dans un pays où les infrastructures de base font défaut (laboratoires de recherche et d’appui technique), très peu de professeurs/chercheurs peuvent parvenir à faire valoir leurs idées et leurs compétences au niveau concurrentiel avec les meilleurs sur le plan mondial. Pourtant les défis de nos  chercheurs sont les mêmes que pour ceux d’ailleurs.  

 La recherche universitaire et l’éducation ont des répercussions économiques très significatives. Même si les estimations varient, les chercheurs les plus reconnus dans ce domaine s’accordent à dire que la recherche et le développement (R&D) ont un effet significatif sur la croissance économique et le niveau de vie moyen des citoyens.

 Les deux diagrammes ci-dessous ne laissent aucun doute sur le fait que le développement économique et humain d’un pays est déterminé par l’éducation et la recherche, en général, et l’éducation et la recherche scientifiques et techniques, en particulier.

La recherche universitaire joue un rôle central dans les avancées technologiques du secteur privé. L’innovation industrielle se fonde de manière substantielle sur la recherche universitaire dans bon nombre de domaines. En l’absence de recherche universitaire, de nombreux produits nouveaux et de nombreuses méthodes nouvelles n’auraient pas pu être développés, ou seulement beaucoup plus tard.

 Etat des lieux:

Notre enseignement supérieur est confronté à trois problèmes majeurs: (1) Le nombre insuffisant d’enseignants dont un grand nombre de vacataires ou contractuels sans plans de carrière précis ; (2) le manque de locaux d’accueil; (3) le manque et l’inadéquation du matériel pédagogique.

Ce dernier point renvoie au manque de moyens élémentaires comme l’absence de bibliothèques universitaires de référence, de publications scientifiques locales et d’accès aux publications scientifiques internationales. 

 

 Nous souhaitons que vous preniez en compte les propositions suivantes  en faveur de l’enseignement supérieur :

 Proposition 1

Il faudrait entreprendre, dans un délai d’un an, une planification stratégique de l’enseignement supérieur au Mali, et établir un nouveau programme d’investissement sectoriel (ou équivalent) pour la mise en œuvre du plan résultant de cette planification. Ce plan doit tenir compte des prévisions de flux estudiantins venant de l’enseignement secondaire  

Proposition 2

Il faudrait créer une Académie Malienne des Sciences dont les membres seront sélectionnés dans une compétition rigoureuse. Le rôle de cette institution prestigieuse sera, entre autres, de conseiller le gouvernement  sur l’éducation et d’établir la vision stratégique de tout le système éducatif. Elle servira aussi d’éclairer et de conseiller le gouvernement sur des questions d’ordre scientifique et de la recherche industrielle ayant un impact durable et/ou profond sur la vie de nos populations.

 

Proposition 3

Des appels d’offre d’emploi doivent se faire pour toutes des positions dirigeantes. Les individus doivent être sélectionnés et nommés par un jury compétent et indépendant sur des critères clairs basés sur la compétence et la productivité intellectuelle. Ils doivent avoir une mission claire sur laquelle ils seront périodiquement évalués par écrit.

Proposition 4

Une politique claire, basée strictement sur le mérite, de promotion du personnel doit être établie et exécutée dans la transparence. Une structure d’augmentation de salaire devra être mise sur place pour que cela soit une motivation et une récompense aux chercheurs qui démontrent une productivité intellectuelle.

Proposition 5 :

Les appareils administratifs, environnements de travail, descriptions des fonctions du personnel doivent se fonder sur les pratiques modernes du travail universitaire. Il faudra promouvoir l’accès du monde académique à l’internet (notamment a travers l’installation de réseaux WIFI sur les campus scolaires et universitaires, etc.). L’enseignement supérieur doit avoir d’excellents équipements de travail pour fournir de cadres d’études innovatrices aux étudiants.

Proposition 6

La politique nationale doit établir des centres d’excellence dans l’avenir. L’investissement dans la recherche devra aller en priorité à ces centres en fonction des critères de qualité établis. Ces centres de recherche doivent être compétitifs au niveau international.

Proposition 7

 

Il faudrait d’urgence mettre en place un dispositif performant de lutte contre la corruption et la fraude à tous les niveaux du système éducatif malien

Proposition 8

Le nombre d’étudiants en doctorat doit être augmenté de manière significative. Parallèlement à cette croissance aura été prévue la fourniture suffisante d’infrastructures de support nécessaires. 

Proposition 9

Les liaisons entre le système éducatif et des secteurs commerciaux et industriels doivent être renforcées par des efforts faits en collaboration avec l’industrie.

Proposition 10

Il faut des programmes pour développer des cours de formation d’enseignants d’université.

Proposition 11

Il faudrait améliorer la qualité et la quantité de l’enseignement en anglais, langue indispensable pour une vie scientifique de haut niveau. On pourra prévoir une augmentation du coefficient et des horaires de cette matière dans les lycées et les écoles fondamentales

Proposition 12

Il faut développer une politique éducative pour promouvoir les langues nationales.  Ainsi pourrait-on ouvrir un département de linguistique a la FLASH dont l’un des principaux objectifs sera d’assurer la formation des ressources humaines indispensables au  travail de codification et de standardisation de  nos langues nationales pour les mettre au service de la construction et de la transmission des savoirs.

Le Collectif se met à la disposition de tout(e) candidat(e) qui s’engage à adopter ces dispositions pour l’aider à concevoir un programme compréhensif et approfondi de relance de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique au Mali.

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