Ami Koïta à cœur ouvert ‘’Il ne faut jamais croire en un homme…’’

Publié le par MOEURS

‘’La femme croit en l’homme mais l’homme n’est pas quelqu’un en qui il faut croire’’. Celle qui a fait cette réflexion à ‘’Mœurs’’ Ami Koïta, est l’une des doyennes de la musique malienne. Elle a commencé à chanter très tôt et est allée de succès en succès. Elle a voyagé dans beaucoup de pays, serré la main à de nombreuses personnalités, dont des chefs d’Etat. Elle dit être heureuse de son parcours. Pour elle, même si l’on mourait pour ressusciter ensuite, elle redeviendrait artiste.

 

 Entretien.

 

Bonjour, Ami. Vous êtes certes déjà connue. Toutefois, si vous devriez parler un peu de vous, que diriez-vous?

 

 Ami est tout simplement une artiste. Je chante et ce, depuis le bas âge…

Vous êtes originaire d’où ?

 

Je suis originaire de Badougou Djoliba, ma mère est de Kirina. Cependant, j’ai grandi à Bamako.

Quand avez-vous réellement commencé à chanter ?

 

Ça, je ne saurais le dire exactement parce que, d’après ma mère, j’ai été sevrée dans la chanson. Ce que je sais, quand j’avais entre 10 et 12 ans, à Niaréla, Bozola, Bagadadji, les gens venaient me chercher pour chanter dans les cérémonies. Ils revenaient ensuite me déposer. En ce moment, je ne pouvais ni partir, ni revenir seule. Je me rappelle qu’à l’époque, j’étais tellement petite qu’on me mettait sur une échelle pour que je puisse atteindre le micro, que le public me voie aussi.

Le succès a commencé quand ?

 

Très tôt. J’étais très jeune. Vous savez, les gens aiment généralement les enfants précoces.

De ce jour à maintenant, vous avez enregistré combien d’albums ?

 

J’ai enregistré 16 albums. Je suis en train de préparer un autre qui sortira bientôt.

Et pourquoi cette absence ? On ne vous voit presque plus…

 

Pourtant, je suis là. J’assiste aux baptêmes, aux mariages. Mais je suis plus fréquente à l’extérieur qu’à Bamako. Je donne des concerts dans certains pays de la sous-région et même en dehors. Bien entendu, sur invitation. D’autre part, au Mali, de nos jours, à part quelques uns, beaucoup préfèrent recourir aux jeunes artistes. Ils trouvent que nos prix sont chers.

Qui sont ceux là ? Vos ‘’diatigui’’ ?

 

Pas eux seulement. N’importe qui, s’il en a les moyens. En tant que griotte, je réponds à l’appel de tout le monde, jeunes comme vieux.

Tant que tu te suffis, tant que tu peux supporter les frais, je ne refuse pas. C’est mon travail, je vis de ça. Je ne suis ni fonctionnaire, ni commerçante. Quiconque m’appelle, je réponds. Ma porte est grandement ouverte.

Vos rapports avec les Maliens, c’est comment ?

 

Très bons. Les Maliens sont gentils et généreux. En plus le Mali est un gros village où tout le monde se connaît.

Et avec Aïcha Koné ? On vous a plusieurs fois vues ensemble…

 

Des rapports normaux, le genre qu’elle entretient avec les autres artistes. Il n y a pas de rapports particuliers entre elle et moi. Elle a l’habitude de dire qu’elle n’est pas une griotte, qu’elle est noble. Elle est venue dans la chanson par amour. Partout où elle me voit, elle me donne de l’argent. Je suis sa griotte

On a l’habitude de vous voir aussi avec Pierrette Adams…

 

Je m’entends très avec tous les artistes, même à travers le monde. J’ai chanté avec des Américains noirs, en Indiana Polis à Washington, aux Pays-Bas. Mieux, j’ai donné beaucoup de concerts.

Quelles sont les difficultés que vous avez jusque-là rencontrées?

 

D’entrée de jeux, je peux dire que je n’ai pas rencontré de difficultés particulières sauf qu’avant, on sabotait les artistes, on nous traitait de tous les noms. Or, aujourd’hui, grâce à nous artistes, beaucoup de personnes vivent. Des gaillards passent le temps à reproduire nos cassettes sans notre permission, au vu et au su de tous.

Tu débourses des millions pour te produire, à la fin tu n’as rien. Ce sont d’autres personnes qui en profitent : les pirates. Le gouvernement voit, ne réagit pas. C’est ça, la difficulté. Parce que tu ne gagnes pas ce que tu dois gagner. Notre revenu est partagé entre les pirates et nous qui avons des frais à payer, en plus du quotidien comme l’eau, l’électricité, la nourriture.

Les ministres disent qu’il n’y a pas de solution, même le président de la république. Qu’ils ont tout fait. Pourtant il y a un bureau des droits d’auteurs qui existe. Dont les travailleurs ont un salaire.

 Tu peux aller de Bamako jusqu’à San, tu n’encaisserais pas  500.000 F sur tes ventes. Pourtant pour produire, moi personnellement, je peux débourser jusqu’à 5, voire 10 millions. Le gouvernement ne nous fait aucune faveur.

 Dans quel sens ?

 

Dans tous les sens, parce qu’on a en charge nos familles. Que tu sois jeune ou vieux, que la cassette soit bonne ou pas - d’ailleurs toutes les musiques sont bonnes - tu dois en profiter. Tant qu’on vend, on doit nous aider. Tout le monde doit nous aider. Les pirates, gagnent doublement ce que nous gagnons.

Tout le monde est concerné, ceux qui fabriquent, ceux qui vendent, ceux-là même qui achètent. ‘’Kango te noro donguili la ganssan’’. Comme pour dire, celui qui a  la voix roque ne s’accroche pas pour rien à la chanson. Comprenne qui pourra.

Pour autant, vous comptez faire d’autres cassettes?

 

Oui, j’attends d’abord de tirer profit de mes ventes, me faire aussi oublier des pirates.

Qu’est-ce que Ami déteste le plus ?

 

Le mensonge. Au contraire j’aime la sincérité. Je ne me rappelle pas avoir menti à quelqu’un, je ne trahis pas.En amitié comme en amour, si ça ne va pas, je mets d’abord et toujours mon partenaire en garde, par rapport à ce qu’il me fait de mauvais… avant de prendre une décision. D’abord, personnellement, mais aussi par personne interposée.

Que pense Ami de la loyauté ?

 

Ça n’existe pas, sinon que c’est rare. Le phénomène est pire dans le couple.

Est-ce à dire que Ami  en a été victime ?

 

Laissons mon cas de côté, intéressons-nous à la généralité. La femme peut croire en l’homme mais elle ne doit pas le faire. L’homme n’est pas quelqu’un en qui il faut croire. En plus la femme a pitié. Vous prenez 100 femmes, vous trouverez qu’au moins 90 ont de l’affection pour leur partenaire.

S’il y a les enfants c’est en ce moment que nous devenons leurs esclaves. Même sans enfant, on a beaucoup d’affection pour nos partenaires, après un moment passé ensemble.

La femme est sincère, mais l’homme ne l’est pas et ne peut jamais le devenir.

Ils ont toujours fait le contraire de ce qu’ils disent. Ils nous font souffrir. On a beau pleurer, ils n’ont aucune compassion.  La solution, je pense que c’est de quitter pour ne pas mourir de chagrin. ucun homme, quel qu’il soit, ne mérite qu’on se tue pour lui.

Une des raisons pour lesquelles je n’aime pas participer aux concerts, c’est le manque de sincérité. Vous vous entendez sur quelque chose et ça finit autrement.

 Il y a trop d’histoires, de rivalités, de bruits entre artistes. Les gens ne vont plus aux concerts pour se distraire, mais pour se jeter le discrédit. Certains même payent d’autres, rien que pour aller ruer, lors d’un concert, leur rivale d’un jour. Je me respecte, c’est pourquoi je choisis  mes partenaires.

 

Que pense Ami du respect dû aux aînés?

 

Ça disparaît de plus en plus. Aujourd’hui, les enfants qui ont l’âge de votre propre enfant, vous appellent par votre prénom, sans gêne. Dans beaucoup de cas, c’est la faute aux parents. Dans les villages où les bonnes vieilles traditions sont censées survivre, c’est même pire.

La démocratie a-t-elle apporté un changement au Mali ?

 

D’abord, je tiens à vous dire que je ne fais pas de politique. Mais, personnellement, la démocratie n’a rien changé à ma vie. Ce que je peux dire, le président et son épouse sont des personnes ouvertes. Ils reçoivent tout le monde. Il n’y a pas de barrière entre eux et les artistes. Dans beaucoup de pays, cela n’existe pas.

Je dis aussi aux politiciens de déposer les armes.

 Les élections se sont bien passées, qu’ils essayent de s’entendre. Le Mali est un gros village, la corde est longue, quand vous tirez, vous risquez d’atteindre quelqu’un que vous n’avez pas visé.

Votre mot de la fin?

 

Je remercie le journal ‘’mœurs’’.

Je demande aux uns et aux autres de se tenir la main dans la main  pour construire ce pays.

Entretien réalisé par Binta Gadiaga

 

 

 

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Publié dans moeurs

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