Coulisses du concert dédicace de Fantani Touré
Beaucoup de pub pour rien !
La salle était presque vide. Aucune affluence. Malgré cette intense publicité qui a précédé ce qui devait être une fête. Comment comprendre que des artistes de renom comme Oumou Sangaré, Nahawa Doumbia, Guimba national, Adjudant…étaient tous au rendez-vous et que les spectateurs ne se bousculent pas.
Fantani elle a crévé l’écran
Ce jour, Fantani a battu le record des prestations. Six morceaux sans interruption. Ce qui n’est pas courant. Il a fallu que les organisateurs lui rappellent que les autres l’attendaient, se demandant sans doute si elle leur laisserait le temps de faire leurs prestations.
Oumou, la retardataire
La diva du Wassoulou est arrivée très en retard, moulée dans une robe de soirée de luxe, couleur mauve. Elle s’est limitée à une seule prestation qui a, d’ailleurs suscité quelques critiques au sein dans l’assistance.
Nahawa, toujours la même…
Les années se sont écoulées mais sa voix n’a pas changé, son physique non plus.
Lorsqu’elle est montée sur la scène ce soir-là, le public a été comme électrisé. Sa prestation terminée, la salle a commencé à se vider.
Oumou, Fantani, en chœur et en uniforme
Les réponses des bergères aux bergers ? Arborant la même tenue et chantant en cœur, écoutez Oumou Sangaré et Fantani Touré: ‘’nous avons été traitées de droguées, de trafiquantes, même de sidéennes. Certains ont voulu ternir notre image. Heureusement qu’on ne devient pas toujours ce que les autres veulent qu’on soit’’. Et encore… et encore…
Nahawa Doumbia, lA ‘’REINE DU DIDADI’’
‘’ J’ai tété plusieurs femmes de mon village …’’
La réputation de Nahawa Doumbia a dépassé depuis si longtemps les limites géographiques de son Bougouni natal voire du Mali et du continent que la reine du ‘’didadi’’ se passerait volontiers de présentation.Originaire du Banimonotié, Nahawa Doumbia a commencé à chanter très tôt. Ayant perdu sa mère à la naissance, elle a vécu une enfance difficile. Elle a été élevée par sa grand’mère maternelle au prix de mille et un sacrifices. Pour la nourrir, la vieille dame se promenait de maison en maison à la recherche d’une femme qui allaite et qui soit disposée à lui donner un peu du vital aliment.
C’est dans cette atmosphère faite d’aléas et de détresse que son oncle acheta deux vaches dont le lait, pensait-il, allait servir à la nourrir. Malheureusement, ces deux vaches moururent de manière étonnante : l’une a été retrouvée au fond d’un puits et l’autre, foudroyée. Revenue de loin, Nahawa ? Un enfant prodige, un véritable don de Dieu, comme dirait l’autre... Elle nous livre ses secrets.
onjour Nahawa. La musique pour vous, ça remonte à quand ?
Eh ! Je ne sais pas exactement. Mais la première fois que je suis montée sur scène, je devais avoir environ 7 ans.
C’était à l’occasion de la semaine locale à Bougouni. En ce moment, je quittais mon arrondissement pour venir chanter. Il y avait aussi la semaine régionale, la biennale artistique et culturelle. C’était en 1972 -1973.
Et votre première cassette ?
Ma première cassette ? Si je ne me trompe pas, elle date de fin 81 début 82. Mais là n’est pas le début de ma carrière, hein !
Votre carrière a commencé quand alors?
Ma carrière a commencé avec la biennale artistique et culturelle. Ma première participation à cet évènement date de 1974. J’ai ensuite participé à la biennale en 76 puis en 78. C’est en 1980 que j’ai raccroché après avoir emporté le prix de l’édition 1980. Cette même année, j’ai participé au concours RFI sur proposition du Mali, précisément de
Vous n’aviez donc pas été scolarisée ?
J’ai commencé l’école, mais je n’ai pas eu la chance de continuer. Pourtant j’étais très intelligente. Mes parents ont même souhaité que je continue. Malheureusement cela n’a pas été le cas. Mais, je connais mieux l’école coranique.
Et pourquoi ?
J’ai perdu très tôt ma mère, dans la semaine de ma naissance. Ce qui a constitué la première difficulté.
Ah bon !
Vous ne saviez pas ?
Pourtant j’en ai toujours parlé. J’ai même chanté à cet effet un morceau intitulé ‘’Djiwé’’.
De quoi parle cette chanson ?
Elle parle de ma naissance, du décès de ma mère, la manière dont j’ai été élevée.
Ma grand-mère m’a élevée dans toutes sortes de difficultés. Elle était vieille et n’avait pas de lait. Elle se promenait dans le village, de concession en concession, à la recherche d’une femme allaitante. Quand ces dernières la voyaient venir, elles couraient à sa rencontre, me prenaient dans leurs bras. Jusqu’au jour où mon oncle acheta deux vaches dont le lait devait servir à me nourrir. Ces deux animaux, malheureusement, disparurent l’une après l’autre, de manière tragique.
La première est tombée dans un grand puits et est morte. La seconde a été foudroyée. En fait, la foudre est tombée sur un manguier qui s’est fendu en deux. Une s’est détachée et est tombée sur l’animal, le tuant sur le coup. L’autre a tenu bon et, à ce jour, ce manguier se trouve dans mon village, avec une fente qui peut contenir nous deux réunies.
On peut donc conclure que Nahawa est un prodige ?
En tout cas, j’ai été élevée dans des pires difficultés et je vis encore. En plus, mes parents adoptifs ne voulaient pas que je chante.
Qui vous a donc appris à chanter ?
Personne, c’est un don de Dieu.
Mes parents, côté maternel, étaient des pratiquants de la ‘’Souna’’. Mais, côté paternel….
Et pourquoi ?
Rien. Il faut laisser tomber. (Rires) Je suis enfant d’un homme qui détient les fétiches ‘’Djo’’.
Cependant, avant de mourir, mon père s’est converti à l’islam. De nos jours, ce fétiche existe dans ma famille paternelle. Nous l’adorons à tour de rôle.
Vous aviez fait combien d’albums?
Je dois être à mon douzième ou treizième album. Et puis, je suis différente des autres chanteurs. Seule, je fais mes compositions. Personne ne me dit ce que je dois chanter. Je réfléchis toute seule et ça vient.
Cela explique aussi souvent mon absence de la scène.
Et quoi d’autre. Puisque vous vous faites vraiment rare ?
Il n’y a pas de raison fondamentale. Comme je compose seule ma chanson, je prends du temps. En plus, nos enfants rentrent dans la danse. Il faudra donc leur faire de la place.
A propos d’enfants, combien en avez-vous ?
J’ai Doussou seulement.
Pourquoi elle seulement?
Parce que je n’ai pas pu avoir d’autres. J’ai cherché en vain. Tout ne peut pas réussir pour une personne. N’est ce pas ?
Vous avez du succès quand même ?
Oui. C’est grâce à Dieu. Ma vie même n’a pas été rose. Même pour vivre, il a fallu des miracles. Ma vie est résumée dans mon album ‘’Djiwé’’. C’est la pure vérité.
Vous êtes mariée ?
Je suis mariée, oui. Est-ce qu’on peut avoir un enfant sans être mariée ? Même si, de nos jours, certaines femmes le font. En tout cas, ce n’est pas mon cas.
J’ai été tout le temps mariée. Depuis la première fois où j’ai déposé ma robe de célibataire, je n’ai jamais vécu seule. J’étais mariée au père de Doussou qui a été un de mes meilleurs guitaristes et continue de l’être. Après lui, j’ai été l’épouse d’ Ousmane Diallo. Il est employé à
Où résidez- vous actuellement ?
Je suis entre Bamako, Bougouni et Paris.
Que représente Fantani Touré pour vous?
Il n’ y a aucun rapport particulier entre elle et moi. Je suis venue (Ndlr : elle était l’une des invitées vedettes de la soirée dédicace de ‘’Awo’’, dernier album de l’épouse de Guimba national) parce qu’elle m’a toujours respectée. Je répondrai sans faute à l’appel de n’importe quel artiste.
C’est un signe de respect et on doit s’entraider. On ne le fait pas parce qu’on s’entend avec un tel ou un tel.
Entretien réalisé parBinta Gadiagav